Événement

Retour sur la table ronde l’emploi des jeunes en situation de handicap

Pour leur première coproduction l’association Éthique, Handicap et Société et l’Institut Kervégan avaient choisi de questionner l’emploi des jeunes en situation de handicap à l’occasion d’une table ronde.

Cet événement a permis à la fois d’informer sur les dispositifs d’aides existants mais surtout d’entendre la parole des jeunes à travers le témoignage de leur parcours d’accession à l’emploi. Les entreprises, également présentes, ont pu exprimer leur vision et position face à la situation de l’emploi des personnes en situation de handicap mais aussi sur la question de l’inclusion professionnelle.

L’insertion professionnelle des jeunes en situation de handicap, un enjeu de société

La vie en entreprise pour les personnes en situation de handicap permet de rétablir un équilibre, une « compensation » au regard de leur situation. L’insertion professionnelle favorise  l’élimination de quelques difficultés individuelles et barrières sociales, psychologiques, elle met l’accent sur la responsabilité de la société dans son ensemble. Pour illustrer sa conviction, Michèle Guillossou, Présidente de l’association Éthique, handicap et société, fait référence à une citation de Lévinas : « La responsabilité de chacun est totale pour l’autre dès l’instant où l’autre tombe sous son regard ».

Panorama de l’emploi des personnes en situation de handicap en Pays de la Loire : en progression mais peut encore mieux faire

Claire Quintin-Vicquelin – Déléguée Régionale de l’AGEFIPH, association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap dresse un panorama de la situation de l’emploi des jeunes en situation de handicap en Pays de la Loire. La région a bénéficié d’une situation économique favorable et les personnes handicapées en ont profité. En effet, on comptabilise une baisse de la demande  d’emploi de l’ordre de 5.5 % sur la Région de Pays de la Loire. On constate toujours un taux de chômage important, deux fois plus élevé que chez les autres demandeurs d’emploi. Au regard des autres régions françaises, le taux d’emploi a baissé de 1 %  et 94 % des entreprises de plus de 20 salariés emploient des personnes en situation de handicap, la moyenne française est de 89 %. Notons que seules les entreprises de plus de 20 salariés ont l’obligation de déclarer leurs salariés handicapés. En fin d’année prochaine l’AGEFIPH pourra bénéficier de données chiffrées concernant les PME qui pourront également déclarer les personnes en situation de handicap qu’elles emploient.

L’AGEFIPH, un rôle d’accompagnement des personnes et des entreprises

L’argent récolté par l’AGEFIPH permet d’offrir des services et des aides financières pour les personnes mais aussi pour les employeurs et ainsi d’ accompagner les unes dans leur parcours et les autres sur des mesures de compensation du handicap. Les aides proposées sont diverses : des aides à la formation, des aides techniques de type prothèse auditive par exemple ou encore des aides à l’adaptation à l’emploi avec des aménagements de poste en entreprise et en organisme de formation. Toutes les personnes qui bénéficient de la reconnaissance de travailleur handicapé peuvent prétendre à cet accompagnement.

Une nouvelle approche de l’emploi des personnes en situation de handicap : l’entreprise inclusive

Il y a encore quelques années, l’emploi des personnes en situation de handicap correspondait le plus souvent à des emplois bien spécifiques. Aujourd’hui, on parle d’inclusion et d’emplois directs en entreprise.

Un autre organisme majeur agit entre autres pour l’accompagnement dans l’emploi des personnes en situation de handicap. Il s’agit de Cap Emploi et du GIRPH, représentés au niveau local par Yves Olivier Lenormand. Là encore leur plus gros défi c’est de réussir et permettre l’inclusion de ces personnes dans l’entreprise.

Entreprises et personnes en situation de handicap : des connexions pas toujours évidentes

Yves Olivier Lenormand fait remarquer qu’il est encore difficile pour les jeunes en situation de handicap de rencontrer les dirigeants d’entreprise. Le GIRPH propose différentes actions pour faciliter cette rencontre : Un forum, tous les 6 mois où les jeunes sont invités à rencontrer des entrepreneurs. Il propose également un accompagnement collectif autour de cessions de formations sur la gestion du stress, la gestion du sommeil ou encore sur la façon de parler de son handicap face aux employeurs, une difficulté majeure observée ainsi que l’isolement des jeunes dans leur recherche. Le GIRP s’appuie sur ces deux axes d’accompagnement. Une seconde action est également développée : Les ambassadeurs  du handicap dont l’objectif est de sensibiliser les chefs d’entreprise qui ne le sont pas encore. C’est en proposant un effet d’entraînement en s’appuyant sur les locomotives qu’il est possible de fédérer une cinquantaine de membres au sein d’un comité d’entreprises privées et publiques. Ces entreprises se donnent pour mission de promouvoir l’emploi des personnes handicapées dans leur structure avec la mise en place de clauses d’insertion par exemple.

Les ESAT tremplins vers l’entreprise ordinaire

Les Établissement de Service d’Aide par le Travail (ESAT), gérés par l’Adapei 44 peuvent être un pont vers l’emploi. Ces structures de travail médicosociales permettent un accompagnement adapté avec des horaires de travail, des prestations médicosociales et un accompagnement individualisé. Le travail effectué favorise une inclusion future dans le milieu du travail traditionnel. Les activités contribuent à donner confiance aux salariés qui après un emploi en ESAT intégreront les entreprises ordinaires. L’ADAPEI 44 se donne comme objectif d’atteindre 50% d’inclusion, un chiffre important mais réaliste selon Yves Eudeline, Directeur de l’ADAPEI 44 : « une inclusion qui n’est possible qu’en travaillant en lien direct avec les entreprises ».

L’emploi des jeunes en situation de handicap un enjeu au niveau local

Le type d’accompagnement dépend beaucoup du type de handicap et de la situation du jeune. Trois voies s’offrent à eux après avoir posé un diagnostic : l’orientation vers les ESAT ou les Entreprises Adaptées, situation la plus courante, il peut également être proposé des formations de travailleur handicapé avec l’AGEFIPH et les programmes régionaux, enfin  troisième orientation possible, vers l’entreprise dite « classique », dans ce cas Pôle emploi ou Cap emploi prend souvent le relais.

Les dispositifs intégrés à des centres de soins

Gaëlle Béniguet au sein de la cellule d’insertion sociale et professionnelle du CHU de Nantes  conseille et accompagne les jeunes dès la phase d’hospitalisation dans la construction d’un parcours professionnel.

Elle intervient au sein d’un service de soins de suite et de réadaptation spécialisés en médecine physique. Il s’agit du travail collectif d’une équipe pluridisciplinaire comprenant un médecin, un psychologue, une assistante sociale qui travaille sur le projet de vie du patient et un accompagnement professionnel. À partir du souhait du patient, elle étudie la faisabilité d’un maintien dans l’entreprise ou l’accès à une formation quand cela n’est pas possible.

La parole des chefs d’entreprise

Après avoir entendu les structures associatives et institutionnelles sur les différents dispositifs d’accompagnement existants, nous donnons la parole aux chefs d’entreprise afin de connaitre les ressorts qui animent leur volonté d’accueillir des jeunes en situation de handicap mais également les freins qui les empêchent de passer ce cap.

Avec : Yves-Olivier Lenormand, Délégué Régional AIRBUS Développement, Servan Lépine, Dirigeant & Fondateur d’EXCELIUM, Johann MOREL, Directeur Général GSF Celtus

 

 Le témoignage des jeunes

Avec : Julie Marchand, en recherche d’emploi dans le handisport, Lucas Manceau, Technicien de bureau d’étude en recherche d’emploi, David Drapeau, Bénévole pour l’association Les petits frères des pauvres, Louis-Pierre Raffin, commercial en activité, Morgan Lavaux, Chef d’entreprise.

 

Une soirée qui a permis de nouer un dialogue avec des personnes en situation de handicap et des chefs d’entreprise afin de comprendre les attentes des uns et la vision des autres. Comment réduire le chômage chronique chez les personnes porteuses de handicap ? Et bien, c’est d’abord en changeant les mentalités, en dépassant les craintes et les a priori. Se poser la question de la définition du handicap est nécessaire et aide à mieux appréhender cette question de l’insertion professionnelle. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) propose la définition suivante : « le handicap est la conjonction d’une personne qui a un problème physique fonctionnel et d’un environnement ». Le handicap n’est pas perçu comme un attribut de la personne. Cela signifie que si l’environnement s’adapte, l’égalité des chances et des droits ainsi que l’insertion pour tous et l’accès à un emploi sont possibles. Aujourd’hui, il existe des moyens techniques performants et un accompagnement institutionnel reconnu pour permettre à toutes les entreprises de s’adapter à tout type de handicap même lourd (en dehors des problèmes cognitifs ou psychologique).

En conclusion, la question de l’éducation au handicap apparaît comme primordiale et n’est jamais abordée. La pédagogie sur le handicap est nécessaire pour tout le monde. Agir sur l’environnement est primordial en rendant notamment la cité plus inclusive. Le chemin qu’il reste à parcourir semble encore long… Cependant, le temps d’une soirée, la voie semble se dessiner. C’est avec la rencontre de différentes paroles : institutionnelles, monde de l’entreprise et surtout en entendant celle des jeunes, pleine de conviction, d’envie et de motivation qu’il a été possible de porter un autre regard sur le handicap, au-delà de leur différence.