Article de Jean-Jacques Derrien, adhérent IK

A mourir, pour mourir*…

Notre époque post-hédoniste individualiste laisse peu de place, de temps et de moments partagés pour se préoccuper de ce qui dérange. Bien sûr certaines politiques publiques s’affichent solidaires et des efforts conséquents sont faits pour les personnes les plus vulnérables. Mais le vieillissement occupe une place particulière. Il présente l’étrange paradoxe de concerner potentiellement tout le monde et chacun, en son fort intérieur, cherche à s’en extraire par l’oubli.

La vie semble si courte et incertaine, alors pourquoi se créer des sources de tracas supplémentaires quand la vie moderne a par ailleurs contribué à éclater géographiquement les familles.
Mais en même temps l’augmentation de l’espérance de vie, dont on sait nous rappeler certaines conséquences soi-disant inévitables en matière de retraites notamment, nous oblige à considérer que la question de la prise en compte du grand âge et du très grand âge est un enjeu majeur pour l’équilibre de nos sociétés. Or tout semble fait pour nous donner le sentiment qu’il n’en est rien.

La France est à l’échelle européenne l’un des plus mauvais élèves en terme de ratio
pensionnaires/personnels dans les établissements spécialisés types EPHAD, et plus largement dans tout ce qui est communément appelé « maisons de retraite ». Les effets de maltraitance qui en découlent sont légions, malgré l’engagement des personnels de santé qui se manifestent régulièrement pour le dénoncer. Parallèlement on constate que certains établissements spécialisés sont devenus un enjeu financier attirant les spéculateurs investissant dans des produits « haut de gamme » où le prix journalier crée une sélection définitive par l’argent.

Cette question renvoie à un enjeu de société qui va bien au-delà de la prise en charge matérielle et interpelle plus largement le dialogue et les apports respectifs entre les générations, la place attribuée à chacune d’elles.

Mais nous vivons un étrange paradoxe qui veut que notre pays connaisse à la fois un déficit public trop lourd, sans répondre pour autant à des enjeux collectifs majeurs comme celui-ci ou d’autres tout aussi cruciaux que les conditions de vie dans les prisons.

La dignité humaine a un coût que les pays économiquement développés devraient avoir l’obligation d’assumer financièrement. Il doit donc alors s’agir de causes nationales qui ne pourront pas se régler, comme tant d’autres choses, à coup de « start-up » ni même, en l’espèce, de « finish-up »…

Par Jean-Jacques Derrien

* Chanson de Barbara