Générations Europe

Europe

par Yves MELANTOIS
publié dans la Tribune Libre # 55, mai 2014

 

« Chaque génération est un nouveau peuple » Alexis de Tocqueville.

Alors que l’espérance de vie est de plus en plus élevée, et que, dans le même temps, l’histoire s’accélère sans cesse, un nombre croissant de générations cohabite sur le même espace, chacune portant son propre référentiel culturel (souvent à l’aune de ses 20 ans…) dans un contexte lui-même de plus en plus changeant. C’est à mon sens l’un des axes selon lequel il convient d’analyser l’actuel débat Européen.

Ici, en Europe, comme ailleurs, des adultes ayant vécu la sortie de la seconde guerre mondiale sur une planète peuplée alors de 2 milliard d’être humains, en côtoient d’autres qui vivent à l’heure d’internet et développent des familles sur une planète d’aujourd’hui 7 milliard d’habitants (bientôt, 9…). Ce qui, entre nous soit dit, est troublant sur une période de moins de 100 ans, pour une espèce présente sur terre depuis 300 000 ans…

Ensemble…

Ensemble, les générations… de la Guerre Mondiale et de la paix… de Mai 68 et de la révolution des Mœurs… de la Chute du mur et de la fin de la Guerre Froide… du 11 Septembre et de la plongée dans la violence et l’insécurité sur le plan mondial…

Ensemble, mais avec une idée d’Europe vue par chacune différemment.

La création de l’Europe s’est réalisée sur la grande, belle et nécessaire idée de la paix, revendiquée par beaucoup. Or la paix n’« est » lorsque la guerre n’est plus.

L’Europe s’est développée sur un projet de Fraternité. Or, le projet n’« est » lorsque la fraternité n’est pas.

Trouver un nouveau souffle

L’Europe est aujourd’hui une aire reliant plusieurs nations dans un espace culturel et humain commun intégré à la globalisation mondiale…c’est un nouveau souffle qu’il faut maintenant trouver pour la réinventer.

Je suis né en 1965
J’ai grandi dans une Europe divisée en deux : l’Est et l’Ouest. Mettre fin à cette scandaleuse absurdité, à ce face à face glacial et figé, valait projet. Avec cet héritage funeste de la Guerre Mondiale, nos ainés créèrent l’Europe de l’Ouest, et nous, nous vécûmes la chute du mur, le Syndicat « Solidarités » de Lech Walesa en Pologne, relayé à l’Ouest par Jean Paul II, la Perestroïka incarnée par Michaël GORBATCHEV, la chute du monstrueux dictateur Ceaucescu, dont les exactions se déroulaient à nos fenêtres…Notre génération assista, souvent spectatrice, à la remise en cause de cet état de fait, à cette nouvelle fraternité. Tel fut notre projet, telle fut, telle est aujourd’hui notre Europe, celle du SME puis de l’ECU, préfigurant l’EURO, aujourd’hui 2ème devise mondiale; celle des échanges, culturels, politiques, économiques (20 % du PIB et 42 % du commerce mondial). Mais aussi celle des meilleures espérances de vie de la planète à la naissance, des meilleures conditions d’accès à l’éducation, des plus hautes dépenses sociales par habitant. Réunie enfin. Apaisée.

Mais aujourd’hui ? Oui, Aujourd’hui : cette Europe si elle a les mêmes fondements culturels que celle de nos ainés, en a-t-elle les mêmes ressorts pour la génération qui nous succède ?

Écouter les plus jeunes

Comment la Génération d’Internet, celle pour qui l’Europe est constituée comme une puissance établie dans le jeu planétaire des puissances, voit-elle le projet Européen ? Les fondations sont là, faut il y revenir sans cesse, au point de créer un désintérêt ? Ou bien, ne faut-il pas, nous affirmer comme la puissance de 350 millions d’habitants que l’Europe compte aujourd’hui ?

Passer maintenant au projet politique, diplomatique, parent pauvre de la construction Européenne ? Et, avec force, porter notre parole de paix et de fraternité apaisée dans le monde ? Affronter les nouveaux enjeux, qui pour beaucoup sont mondiaux : l’immigration notamment; l’environnement au plan planétaire (n’oublions pas que Tchernobyl a concerné au premier chef notre communauté) ; la transition énergétique et le réchauffement climatique aussi ;

la montée en puissance des intégrismes religieux au Moyen-Orient, et le constat de la toute puissance chinoise. Car si les enjeux ne sont plus seulement domestiques ; ne se limitent-t-ils pas, quitte à simplifier, à un retour à une gestion raisonnée et en « bon père de famille », simple remise à niveau au regard de ce que vivent les habitants notre planète.

A mon sens ces enjeux, planétaires, sont à la hauteur des ambitions et surtout des moyens de la nouvelle génération qui arrive. Celle pour qui l’Européen converse via SKYPE avec l’Asiatique, pour qui la vertu de consommateur responsable ici vaut pour celle du travailleur là-bas, car ce travailleur là-bas sera soit son client demain, peut être son actionnaire, sans doute son partenaire…

Il a été dit récemment « il faut parler de l’Europe d’une manière affective ». Questionnons, tournons-nous vers ce nouveau peuple, cette nouvelle génération. Et construisons cette ambition mondiale. Il faut pour cela, avant de reprocher à cette génération de ne pas voter, l’écouter, la voir, la regarder. La considérer, peut être…

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